Qu’est ce que le Sacrement
des malades et pourquoi l’Église l’a-t-il institué?
Précisons tout d’abord qu’il s’agit de la même chose lorsque nous parlons de l’onction des malades ou du Sacrement des malades. Le 30 novembre 1972 le Pape Paul VI a lui-même défini l’onction des malades en ces termes : « L’onction des malades, selon la foi et l’enseignement de l’Église catholique, est un des sept sacrements du Nouveau Testament, institués par le Christ, Notre Seigneur, suggéré dans l’Évangile de Marc (6, 13), recommandé aux fidèles et promulgué par Jacques, apôtre et frère du Seigneur :
‘Si l’un de vous est malade, dit-il, qu’il appelle ceux qui dans l’Église exercent la fonction d’Anciens : ils prieront pour lui, après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur. Cette prière inspirée par la foi sauvera le malade : le Seigneur le relèvera et s’il a commis des péchés, recevra le pardon’
(Jc 5, 14-15) » (cf. Constitution Apostolique, Sacram unctionem).
L’apôtre dit « si l’un de vous est malade ». Cela veut dire que l’onction des malades est le sacrement des malades graves. Les maladies graves apportent toujours un certain bouleversement dans la vie de tout homme, avec son lot de préoccupations, de solitude ou d’isolement, d’interrogations secrètes, de souffrance physique et morale. Par l’action de l’Église, dépositaire du Sacrement des malades, le Christ Jésus lui-même vient répandre sur les malades qui y consentent librement la force de l’Esprit-Saint. Il veut, comme il le fit autre fois pendant son ministère terrestre, aider les malades à traverser l’épreuve de la maladie et à lutter pour leur guérison. Il vient les consoler, les fortifier moralement, leur redonner confiance et leur pardonner tous les péchés commis. Une vie que vient bouleverser une maladie grave ne conduit pas de soi vers Jésus Christ. Le malade a besoin d’aide et de soutien ; c’est pour cela que Jésus vient à Lui, et à sa suite, l’Église. Comme tout sacrement, l’onction des malades n’a de valeur que dans une perspective de foi. Et les fruits que le malade peut recueillir sont d’une très grande richesse : la lumière, le pardon de Dieu, la sérénité, la paix. C’est pour cela que le Sacrement des malades est aussi appelé le Sacrement de guérison à l’instar du Sacrement de la Réconciliation. Il est le témoin d’une tradition vivante, venue de Jésus et de ses Apôtres.
A qui ce sacrement est-il destiné ?
Au premier millénaire de l’histoire de notre Église, le Sacrement était célébré sans une distinction réelle pour tous les malades. C’est au 11ème et 12ème siècle que le Sacrement des malades devient l’Extrême-Onction, c’est-à-dire « l’Onction de ceux qui vont mourir » selon une définition de Saint Thomas d’Aquin. Le Concile de Trente en 1551 avait enseigné que cette onction doit être administrée aux malades, mais à ceux-là surtout qui sont si dangereusement atteints qu’ils paraissent arrivés au terme de leur vie. Mais c’est le Concile Vatican II qui a apporté les précisions qu’il fallait : « l’extrême-onction, qu’on peut appeler aussi et mieux : onction des malades, n’est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à leur extrémité. Aussi, le temps opportun pour le recevoir est-il certainement déjà venu lorsque le fidèle commence à être en danger de mort à cause de la maladie ou de la vieillesse » (art. 73). Il nous semble donc que le Sacrement des malades n’est pas celui des mourants. Il n’est pas non plus celui du troisième âge ; aussi les instructions pastorales enseignent-elles que l’Onction des malades ne peut être proposée qu’à ces vieillards dont la fragilité s’accentue même si aucune maladie grave n’a été diagnostiquée chez eux. Le Sacrement peut être aussi conféré aux enfants à partir du moment où leur compréhension est suffisante pour qu’ils se sentent réconfortés par ce sacrement. Il peut en outre être conféré aux malades devenus inconscients ou aux personnes qui n’ont plus toutes leurs facultés intellectuelles ou qui en ont perdu l’usage, mais dont on suppose qu’elles l’auraient demandé en toute foi avant la maladie. Le malade qui va subir une intervention chirurgicale pour une maladie grave peut aussi bénéficier de ce sacrement ; et celui qui l’a déjà reçu et s’est trouvé guéri peut encore le recevoir à nouveau s’il rechute ou lorsque la situation s’aggrave au cours d’une même maladie. L’onction des malades n’est pas destinée aux cadavres, les sacrements étant pour les vivants: le prêtre appelé auprès d’une personne qui est déjà morte ne lui donnera pas l’Onction des malades ; il pourra certainement prier avec les proches du défunt et demander que Dieu lui pardonne ses péchés et l’accueille dans son Royaume. Toutefois s’il y a un doute, on peut donner l’onction sous condition : si l’on doute vraiment que le malade soit mort ; il s’agit donc d’un doute réel et fondé. Si le médecin traitant lui-même émet des doutes ou le corps hospitalier.
A vous entendre parler de ce sacrement je me dis que les fidèles n’ont pas raison d’en avoir peur ou de le considérer une condamnation à mort…
Le Sacrement des malades est vraiment un trésor de grâce à côté du Sacrement de la réconciliation et de l’Eucharistie. Les fidèles qui le considèrent une condamnation à mort ont tort de le voir sous cet angle. Au fait, je crois que c’est aussi l’appellation qui peut inspirer la peur : aujourd’hui encore ce sacrement est appelé, mais à tort, Extrême-Onction. Certains le considèrent un passeport pour l’entrée dans la meilleure vie, comme si Dieu était un douanier ou, plus grave encore, un despote. C’est vrai que nous entendons souvent dire que ce sacrement fait penser à la mort ; certains parents ne souhaitent pas que le malade reçoive tout de suite le sacrement parce que « ça va lui faire peur » ; alors ils disent : « on appellera le prêtre au dernier moment », d’autant plus que « ça ne sert à rien, ça ne rend pas la santé au malade ! ». Pour d’autres encore ce qui compte c’est la publicité : il faudra appeler le prêtre pour mettre dans le journal que tel est mort « muni des sacrements de l’Église ». Souvent aussi le prêtre lui-même peut être l’origine de l’incompréhension du sacrement ; vous entendez souvent dire « moi, dès que j’ai extrémisé un malade, la mort n’est plus qu’une question de minutes ou d’heures rarement ». Ceux-là, certains fidèles ont justement peur de faire encore appel à eux puisque un être cher, on l’aimerait garder le plus possible. Encore une fois ce sacrement n’est pas le sacrement de la préparation à la mort certaine, ni du coma, ni de l’euthanasie ! Pour certains malades, ce sacrement est le signe privilégié de l’amour de Dieu. Voici à titre d’exemple le témoignage d’un malade recueilli dans un hôpital : « Mon état de malade, sans me menacer directement de mort, atteint cependant profondément ma vie et la limite. Je dois essayer de ‘bien vivre avec, et aussi d’assumer ma maladie. Ce n’est pas facile. Quand ce n’est pas la révolte, c’est le manque d’espoir qui me guette. Pour vivre mon état de maladie avec Jésus-Christ au sein de son Église, j’ai besoin de son amour et ma foi me donne à croire, avec l’Église, que Jésus-Christ a un amour prévenant à l’égard de ceux qui sont malades. Tout l’Évangile, me semble-t-il, le proclame. C’est cet amour, dont le sacrement des malades est le signe privilégié, que je demande à l’Église de me communiquer en désirant recevoir le sacrement des malades. Je souhaite que soient présents, au moins de cœur et par la prière, ceux qui m’aident à vivre avec le Christ ma condition de malade. Sans eux, recevoir le sacrement des malades n’aurait pas de sens. C’est par son Corps, qui est l’Église, que Jésus-Christ me donne son amour ».
C’est un témoignage vraiment édifiant. Je voudrais que vous nous disiez quelque chose sur l’essentiel de la célébration du Sacrement.
La liturgie du sacrement des malades comprend essentiellement deux gestes : l’imposition des mains et l’onction d’huile. Je m’arrête à ceux-là.
Le premier est un geste ancien et traditionnel dans la Bible : c’est un signe de bénédiction et de consécration. Jésus l’a repris à son compte et, à lui, suite les apôtres l’ont utilisé pour transmettre l’Esprit-Saint ou pour confier des fonctions particulières à un membre de la communauté. En imposant les mains sur la tête du malade, le prêtre appelle sur la force de l’Esprit. Les évangélistes disent que lorsque Jésus guérissait les malades une force venant de Dieu sortait de lui. C’est cette même force que le prêtre communique au malade lorsqu’il lui impose les mains « au nom du Seigneur Jésus-Christ». Le second geste est l’onction d’huile. Nous utilisons l’huile pour assaisonner nos aliments, pour nous éclairer, pour la toilette, surtout après le bain, car elle procure bien-être et détente. L’huile est aussi utilisée pour les massages des athlètes avant les compétitions sportives pour assouplir leurs muscles et leur donner vigueur. L’huile sert aussi de médicament sous forme de potion ou d’onguent. Dans l’Ancien Testament l’huile est présente pour la consécration des rois ou des prophètes dans leur fonction ou mission ; elle est utilisée pour la consécration des autels et des objets de culte. Aujourd’hui encore en Israël, l’huile parfumée est utilisée chez les juifs : la répandre sur un hôte est une marque d’honneur et de respect.
Dans le Nouveau Testament, l’huile sert à soigner (Lc 10, 34). Les disciples que Jésus envoie en mission avec le pouvoir de guérir toute infirmité font des onctions d’huile aux malades (Mc 6, 13). Ces onctions d’huile pratiquées par les apôtres sont à l’origine de l’onction des malades.
Le nombre des onctions et de leur emplacement a beaucoup varié au cours des siècles avant de se fixer aux organes sensoriels et aux reins. La prière qui accompagnait chacune des onctions formule clairement l’effet attendu : « Par cette onction et sa grande miséricorde, que le Seigneur vous pardonne tous les péchés que vous avez commis (par la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et la parole, le toucher, les pas)… ». Avec la récente réforme liturgique les onctions ne sont faites que sur le front et les mains ouvertes du malade, lesquels représentent symboliquement les activités manuelle et intellectuelle. La formule qui l’accompagne comprend deux parties :
-« N… , par cette onction sainte, que le Seigneur en sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l’Esprit-Saint ; le malade et l’assistance répondent : Amen ;
- Ainsi vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et vous relève.
- Amen ».
Voilà les deux rites propres du Sacrement. Si le malade a manifesté le désir de recevoir la Communion eucharistique, ce qui est souhaitable, le prêtre lui donne le Corps du Christ ainsi qu’à tous les présents qui le désirent. La communion des malades n’est pas à confondre avec le viatique qui est le repas pour le voyage du moribond. Quant au ministre du Sacrement vous pouvez facilement comprendre que seul le prêtre possède, avec l’évêque, le pouvoir de conférer le sacrement en imposant les mains et en faisant des onctions d’huile bénite par l’évêque le Jeudi Saint.
Quel message spirituel nous révèle ce sacrement ?
Dieu a envoyé son Fils pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance. Il veut que nous luttions contre la maladie pour mieux le servir en toute liberté d’esprit et de corps. Mais lorsque la maladie vient dans notre vie comme une épreuve pour notre foi, il voudrait que nous la portions avec sérénité et confiance en son amour. C’est pour cela que son Fils vient nous réconforter et nous soutenir par le sacrement des malades. L’effet de ce sacrement c’est la grâce du Saint-Esprit, dont l’onction efface les péchés, s’il y en a encore à expier, et la fortifie, excitant en lui une grande confiance dans la miséricorde divine. Par elle, le malade allégé supporte plus aisément les souffrances et les peines de la maladie, résiste plus facilement aux tentations du démon, et retrouve parfois, s’il est expédient pour le salut de son âme, la santé même du corps.